INFO LE FIGARO – Me Samia Maktouf, représentant 25 familles de victimes d’attentats et conseil près la Cour pénale internationale, lance un appel pour rendre imprescriptibles les actes djihadistes.

Alors que la France encore endeuillée commémore le deuxième anniversaire des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, Me Samia Maktouf, conseil de 25 familles de victimes notamment impliqués dans les tueries de Mohamed Merah ou du 13-Novembre, lance un appel pour que les actes terroristes soient désormais jugés comme autant de crimes contre l’humanité. L’idée est que ces derniers deviennent enfin imprescriptibles pour que les terroristes ne puissent plus jamais bénéficier d’aucune impunité.

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Cette proposition a été évoquée la première fois et de manière assez inaperçue le 18 novembre dernier par le président tunisien à l’occasion hommage officiel aux victimes de l’attentat du musée du Bardo. La conviction que les terroristes sont des criminels contre l’humanité, précise Me Maktouf, est née du constat que cette «menace transnationale cherche à nous diviser» et qu’elle doit être combattue avec «plus d’unité et davantage de solidarité» entre les États.

«Nous sommes en guerre, et celle-ci ne peut être gagnée seul» argue Me Maktouf, persuadée que cette «réforme participerait d’abord au profond changement de mentalité qu’appelle l’expansion de la menace djihadiste».

«Attaque généralisée contre une population civile»

«À l’image de terroristes mondialisés, qui se jouent des frontières et sévissent aussi bien en Europe, aux États-Unis, ou en Orient, la réponse judiciaire ne peut pas rester nationale, dit l’avocate. La coopération entre les États déjà en vigueur dans la phase préventive – par l’échange d’informations entre services de renseignement via le groupement antiterroriste (GAT) – et dans la phase d’enquête judiciaire – via Eurojust – trouverait ainsi son issue naturelle dans la phase de jugement, en faisant comparaître les suspects devant la cour pénale internationale (CPI).»

Samia Maktouf souligne que la notion de crime contre l’humanité, héritage du tribunal de Nuremberg», naît des atrocités commises par le régime nazi, se définissant alors comme «l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre. Conseil près de la cour pénale internationale, l’avocate rappelle que «dans les statuts du traité de Rome de 1998, acte fondateur de la CPI signé par 124 pays, cette référence à la guerre disparaît au profit d’une «attaque généralisée ou systématique lancée contre une population civile».

«N’est-ce pas là précisément le funeste dessein de Daech, Al Qaida, et de leurs sinistres alliés?», s’interroge-t-elle. «Le simple fait de ne pas rallier le califat, de ne pas épouser leur idéologie morbide, de ne pas renier notre liberté de vivre, agir, et penser, nous désigne comme l’ennemi, conclut Me Maktouf dans son appel. En effaçant nos différences, en faisant de chacun de nous une victime potentielle, ces criminels choisissent en réalité d’éliminer une seule et unique cible: notre humanité. Jugeons-les en conséquence.»

Crédits Photo: Me Samia Maktouf, dans son cabinet. Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

Article du 06.01.17 sur le site www.lefigaro.fr

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1 Commentaire sur "Une avocate de victimes veut que l’acte terroriste soit jugé comme «crime contre l’humanité»"

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10 mois 15 jours plus tôt

La justice pourra faire son travail comme elle le voudra de toute façon les terroristes actuels ne craignent aucune sanction alors un jugement va t il réellement changer les choses?

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