Une vingtaine d’expérimentations ont été lancées en septembre 2016. Soixante autres attendront la rentrée 2017, voire la suivante.

Sur le papier, leur nombre est à la hausse : 82 projets sont engagés pour « casser » les ghettos scolaires et accroître cette mixité sociale qui fait tant défaut au collège, a indiqué le ministère de l’éducation, mardi 13 décembre. D’ici deux ans, 248 collèges dans 84 communes devraient être concernés. En novembre 2015, quand Najat Vallaud-Belkacem a inauguré ce chantier, il était question de 25 projets.

Rapporté aux 7 000 collèges sur le territoire, cela pèse peu. D’autant qu’une vingtaine d’expérimentations ont été lancées en 2016 ; les 60 autres sont attendues pour la rentrée 2017, voire la suivante. Ce n’est pas une surprise : en s’emparant du sujet dans le sillage de Charlie Hebdo, la ministre avait prévenu que ce ne serait pas le « grand soir ». Pas de réforme imposée d’en haut, pas d’énième refonte de la carte scolaire, mais « une politique moderne qui part du terrain, de la mobilisation des acteurs concernés, et qui s’appuie sur l’expérimentation et l’évaluation des mesures ».

Reste à savoir si, sur le terrain, ces expérimentations sur la base du volontariat peuvent suffire à modifier l’équation : si 10 % des collèges accueillent moins de 15 % d’élèves défavorisés, 10 % en accueillent plus de 63 %. Parmi les sociologues, nombreux à participer au comité scientifique mis en place par le ministère pour accompagner ces projets, on salue des « progrès » sans éluder des « limites ».

« Cette stratégie, même si elle est soumise au calendrier politique, est intéressante », fait valoir Pierre Merle. Le sociologue pointe pourtant un « principal écueil » : n’impliquer « obligatoirement » que les collèges publics et pas les établissements privés – « si ceux-ci ne se sentent pas concernés par l’exigence éthique de mixité »précise-t-ilEn matière de mixité, la bonne volonté risque de ne pas suffireSi le privé refuse la démarche, certains parents seront encore plus déterminés à y scolariser leurs enfants. » 

L’économiste Julien Grenet, qui suit la poignée d’expérimentations programmées pour 2017 à Paris, insiste, lui, sur les disparités géographiques. « Des expérimentations ambitieuses, il y en a, relève-t-il. Mais on voit aussi des pans du territoire rester en dehors de la démarche. » Si Paris prévoit quatre expérimentations, la Seine-Saint-Denis tout autant, rien n’est encore prévu à Versailles, « académie la plus vaste et la deuxième plus ségréguée de France ».

Autres limites mises en avant par les chercheurs : les « tensions » d’ores et déjà perceptibles tant parmi les parents que les enseignants, de Paris à Marseille en passant par Toulouse ; le « degré d’implication » des collectivités et des autorités locales ; ou encore l’« ambition » de certaines expérimentations. Notamment de secteurs multicollèges qui n’englobent parfois que deux établissements quand il en faudrait plus.

Démarches « exemplaires »

« Sur les dizaines de projets annoncés, difficile de savoir combien iront réellement au-delà d’un simple redécoupage de la carte scolaire », fait valoir un observateur du système. « S’agit-il vraiment d’expérimentations – appuyées sur un protocole scientifique – ou de simples expériences ? », interroge tel autre. 

Rue de Grenelle pourtant, on énumère des démarches « exemplaires » : du redécoupage du secteur de recrutement d’un collège au développement d’options, en passant par la fermeture ou l’ouverture d’établissements. A Montpellier, le collège Las Cazes, tout juste rebaptisé Simone-Veil pour casser son image de ghetto, entend contrer l’évitement des familles en proposant équipements numériques, sections sportives, intrenationale ou arts de la scène, ateliers scientifiques…

Autre « réussite » mise en avant, celle de Nancy où le projet d’un secteur multicollèges a été lancé avec le collège Chopin, plutôt coté, et Guynemer, plutôt fui. A Redon (Ille-et-Vilaine), le même type d’expérimentation a permis un rééquilibrage entre le collège Bellevue, où la proportion d’enfants défavorisés a baissé de quasiment 20 points, et le collège Beaumont où la proportion est restée stable. Ailleurs, les ambitions ont parfois déjà été revues à la baisse : des 12 secteurs multicollèges prévus à Paris, il n’en reste qu’une poignée à neuf mois de la rentrée.
Article du 14/12/2016 sur le site www.lemonde.fr par Mattea Battaglia et Aurélie Collas

 

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