Ce vendredi, le chef du Kremlin a répondu pendant près de quatre heures aux questions de 1 300 journalistes réunis à l’occasion de sa conférence de presse annuelle. Entre autosatifaction et distribution de bons et mauvais points.

Assisté par son très goguenard porte-parole Dmitri Peskov, c’est un Vladimir Poutine détendu qui a répondu ce vendredi aux questions des journalistes russes et étrangers, dont près de 1 300 ont été accrédités pour la conférence de presse annuelle du président russe, diffusée en direct par la télévision russe. Près de quatre heures de questions attendues et banales, sur le prix du baril, l’état de l’agriculture, ou les rapports avec l’Occident ; souvent obséquieuses («Comment vous sentez-vous dans le fauteuil de l’homme le plus influent du monde ?»), jamais vraiment provocantes, même quand le micro passait aux mains d’un journaliste indépendant et/ou dissident, qui en profitait pour soulever pêle-mêle tous les sujets sensibles. Et, par conséquent, les réponses étaient le plus souvent ennuyeuses, hors sujet, et condescendantes.

«Sans vouloir paraître immodeste…»

Pas de scoop, donc. Mais le Kremlin a de quoi se réjouir, car, vue de son clocher, l’année 2016 aura été généreuse en bons retournements, de l’élection de Donald Trump à la prise d’Alep.«Personne ne croyait, à part nous et vous, [que Trump] allait gagner», a lancé Poutine, qui compte aborder, dès la première rencontre avec le 45e président américain, la «normalisation» des relations entre leurs deux pays. Quant aux démocrates, «ils perdent sur tous les fronts et cherchent des coupables à l’extérieur», a-t-il fustigé, en balayant les accusations d’ingérence russe dans la course à la Maison Blanche, au moyen de piratages informatiques. Selon lui, les hackers, «qui se trouvaient peut-être dans un autre pays, pas en Russie», n’ont fait que révéler la vérité sur les dysfonctionnements du Parti démocrate. Et de conclure : «Il faut savoir perdre avec dignité».

Lui est en mode gagnant. L’armée syrienne a déclaré jeudi soir la prise totale d’Alep, la plus importante victoire pour le régime de Bachar al-Assad depuis le début du conflit, remportée grâce à l’intervention massive de l’aviation russe. «Sans vouloir paraître immodeste, rien n’aurait été possible sans la participation de la Russie». L’évacuation des milliers de civils, «c’est la plus grande opération humanitaire au monde», a insisté Poutine, rendue possible aussi par la coopération entre la Turquie, l’Iran et la Russie, et la «bonne volonté» d’Al-Assad.

«Répondre aux défis»

Plus détendu que les années précédentes, quand il ne pouvait se retenir de pourfendre les Etats-Unis, et même nommément Obama à tout bout de champ, Poutine a concédé que l’armée américaine était la plus puissante au monde. Quant à la Russie, elle n’est absolument pas engagée dans une course à l’armement, comme pourrait le laisser croire l’ordre donné par lui-même, jeudi, de renforcer la force de frappe nucléaire du pays, pour qu’elle puisse percer tout bouclier antimissile. Mais c’est quand même la faute de Washington, qui s’est retiré du traité ABM sur la limitation des armes stratégiques en 2002. «Nous n’avons rien inventé, nous ne faisons que répondre aux défis», a expliqué le président russe.

Envisage-t-il des élections anticipées l’année prochaine ? «Dans quel pays ?» a blagué Poutine. Compte-t-il se présenter (pour la quatrième fois) en 2018 ? Si l’univers a besoin de lui. «Je vais regarder ce qui se passe dans le pays, dans le monde. Et en fonction de ce qui aura été accompli et restera à accomplir, je déciderai de participer ou non à la prochaine élection présidentielle.»

Crédits Photo: Vladimir Poutine, en octobre. Photo Odd Andersen. AFP

Article du 23.12.16 sur le site www.libération.fr par Veronika Dorman

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