INFO LE FIGARO – Cette enquête initiée par le parquet de Paris concerne l’AVC d’un volontaire survenu deux mois avant le décès de Guillaume Molinet, en janvier 2016, qui avait déclenché le scandale.

Selon nos informations, le parquet de Paris a ouvert il y a quelques mois une enquête préliminaire concernant l’AVC (accident vasculaire cérébral) qu’un volontaire aurait fait lors de l’essai clinique mortel de Rennes, en novembre 2015.

Elle s’ajoute à l’information judiciaire ouverte depuis juin pour homicide involontaire et blessures involontaires: le 17 janvier dernier, un volontaire de 49 ans, Guillaume Molinet, est décédé lors d’un essai dit de phase 1. Celui-ci était mené à Rennes par l’entreprise bretonne Biotrial pour le compte du laboratoire portugais Bial.

Il s’agissait de tester une molécule miracle, le BIA 10-2474, censée agir sur le système nerveux central et capable de soigner tout ou presque (les troubles anxieux, de l’humeur mais également les douleurs neurologiques associées aux maladies de Parkinson et à la sclérose en plaques, l’hypertension, le glaucome).

Mais de miracle il n’y eut point. Le produit eut des effets secondaires tels qu’un volontaire est donc mort pendant que cinq autres étaient hospitalisés. Certains d’entre eux souffrent d’ailleurs, aujourd’hui encore, de séquelles neurologiques. Pour ces rescapés comme pour Guillaume Molinet, il s’agissait de la cohorte ayant testé 50 mg de la molécule testée, soit la dose la plus élevée jamais essayée jusqu’alors. Avant l’accident, l’essai prévoyait d’atteindre 100 mg.

Pourquoi une nouvelle enquête judiciaire? Le 13 mai dernier, Le Figaro publiait les images de l’IRM d’un volontaire provenant de la cohorte à 10 mg. Le cobaye avait testé le médicament en novembre (soit deux mois avant que ne décède Guillaume Molinet). Ce volontaire, Patrick Ollive, désormais surnommé «le gendarme», en référence à son ancien métier (et parce qu’il a accepté que son identité soit dévoilée, Mediapart du 20 octobre 2016), nous avait confié le CD avec ses images.

Le gendarme avait fait un AVC «ancien »

Le Pr Gilles Edan, chef du pôle neurosciences du CHU de Rennes, avait commenté l’IRM en ces termes : «un hypersignal a été mis en évidence dans le territoire de l’artère cérébrale postéro-inférieure pouvant correspondre à un accident ischémique non récent ». Autrement dit, le gendarme avait fait un AVC «ancien ». Quand le patient évoquait un accident de vélo survenu dans sa jeunesse, le professeur de neurologie ne le contredisait pas sur cette échelle de temps.

Le Figaro de son côté a soumis l’IRM à quatre experts: deux neuroradiologues (dont le chef de service d’un hôpital parisien), un biophysicien, spécialiste de l’IRM et un professeur de neurologie. Seul ce dernier – à la retraite – a accepté que son nom soit révélé : il s’agit du Pr Alain Privat, neurobiologiste et membre de l’Académie de médecine. Leurs conclusions ont été bien différentes: le gendarme a bien fait un AVC, mais récemment, très exactement deux mois avant la réalisation de l’IRM. Soit au moment où il se trouvait dans les locaux de Biotrial pour tester le BIA 10-2474. Des expertises que nous publiions le 13 mai dans nos colonnes.

Le 23 mai, le chef du service d’imagerie du CHU de Rennes se fendait alors d’un deuxième compte rendu (un phénomène unique en la matière). Il notait : «Présence d’une lésion ischémique récente cérébelleuse inférieure droite. » Abracadabra! Le «non récent» devenait subitement «récent ».

Après ces comptes rendus contradictoires, le parquet de Paris a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire consacrée uniquement à l’histoire de ce gendarme. Une petite dizaine de personnes a déjà été entendue. Parmi elles, le Pr Alain Privat, bien sûr. Il a déclaré aux policiers que, selon lui, la lésion de Patrick Ollive a une caractéristique commune avec les patients de la cohorte de Guillaume Molinet. Un point de vue radicalement opposé à celui du groupe d’experts (présidé par le Pr Marie-Germaine Bousser, ancienne chef du service neurologie de l’hôpital Lariboisière et amie du professeur de neurologie rennais, Gilles Edan) mandatés par l’agence du médicament pour relire les IRM de tous les volontaires.

Pourquoi avoir réécrit un compte rendu d’imagerie? Pourquoi avoir noté que l’AVC était «non récent » alors qu’il était «récent »? L’AVC est-il lié à la prise du BIA 10-2474? C’est à toutes ces questions que devra répondre l’enquête judiciaire.

Crédits Photo: Le 17 janvier dernier, un volontaire de 49 ans, Guillaume Molinet, est décédé lors d’un essai mené à Rennes par l’entreprise bretonne Biotrial pour le compte du laboratoire portugais Bial.  DAMIEN MEYER/AFP

Article du 09.01.17 sur le site www.lefigaro.fr

0
1

Poster un Commentaire

2 Commentaires sur "Essai clinique de Rennes: une nouvelle enquête judiciaire ouverte"

M'avertir

Trier par:   Plus récent | Le plus ancien | Les plus votés
10 mois 12 jours plus tôt

Ca craint… Quand les Hommes se transforment en rats de laboratoire. Une vie est si précieuse! Quel dommage! Pourvu qu’il en tire au moins un enseignement 🙁

10 mois 12 jours plus tôt

Justice ou pas.. c’est trop tard malheureusement! RIP

wpDiscuz